
J'avais envie de commencer ce blog sur une note sujette à débat (pourquoi faire simple hein ?) et à répliques enflammées...
Le fameux débat sur les librairies indépendantes et les, comme on les appelle, "grandes surfaces du livre". Alors dedans vous mettez aussi bien le rayon librairie de Carrefour qu'une Fnac ou un Cultura hein, je précise, pourtant je pense que les deux derniers sont quand même un bon cran au-dessus. Enfin passons.
Donc, le fameux débat, avec les mythes qui entourent ces deux grandes sphères de la vente du livre (on ne mettra pas la vente par internet dans le débat, n'est-ce pas !).
Peut-être que le plus simple serait de commencer par les mythes qui entourent ces deux fameuses grandes sphères. Précisons avant d'aller plus avant que depuis la (merveilleuse et sans ironie !!!) loi sur le prix unique du livre mise en place par Jack Lang en 1981, la marge de manœuvre des grandes surfaces du livre s'est bien réduite, et a permis aux librairies indépendants de survivre ce qui est très bien pour la diversité culturelle de notre pays.
Les mythes maintenant, la façon dont les gens voient chacune des deux parties :
- Le libraire indépendant : une petite librairie, pas toujours très bien éclairée et souvent un peu poussiéreuse, avec un libraire dont je ne détaillerai pas le physique (mais souvent les gens s'imaginent un homme d'un certain âge, habillé de façon désuète, avec des lunettes en demi-lune sur le bout du nez), qui passe ses journées à lire en attendant le passage d'un client, et qui connaît chacun de ses livres sur le bout des doigts, et qui a des livres qui sont là depuis plus de six mois.
- La grande surface du livre : des "vendeurs", et non pas des libraires, qui ne connaissent pas leur fonds, qui vendent des livres pour l'essentiel de moins de six mois, et ce en masse, bref plus des commerçants que des libraires et qui n'y connaissent pas grand chose, avec des équipes qui changent souvent, qui plus est !
Alors on arrête là les préjugés, et on décortique le vrai du faux !
D'abord, le libraire indépendant n'a pas forcément une librairie minuscule, j'en connais certains qui ont des espaces plutôt enviables. Pareil en ce qui concerne l'éclairage et la poussière ! Je ne parle même pas des libraires, il y en a pour tous les goûts et pour tous les âges, ce sur quoi on les retrouve c'est la passion du livre (ça, au moins, ce n'est pas un préjugé, mais une réalité, sinon la personne n'a rien à faire dans la librairie !!! Enfin du moins à mes yeux... car pourquoi vendre des livres si on pouvait aussi bien vendre des tomates ? Aucun intérêt !). Quant à la connaissance du fonds, eh bien... pour certains c'est amplement justifié, pour d'autres c'est totalement faux. Ca dépend de l'implication du libraire, s'il est maître en sa librairie, ou juste "conseiller de vente", un suppléant au gérant quoi. C'est variable, mais il serait faux de croire que dès l'instant où vous entrez dans une librairie indépendante, vous tomberez forcément sur une tête qui sait tout ! Et effectivement, on retrouve en librairie indépendante des ouvrages qui peuvent avoir plusieurs années !
Maintenant les grandes surfaces du livre... bien sûr je ne peux témoigner que de ce j'ai vécu, et jusqu'ici c'est peu puisque j'ai commencé le travail il y a presque trois semaines. Mais du peu que j'ai vu, je peux vous dire que les "conseillers de vente" sont autant libraires qu'un librairie indépendant, avec les mêmes connaissances (ou non connaissances, encore une fois ça varie d'un individu à l'autre, et non plus d'un lieu à l'autre...), et que pour la majorité de l'équipe avec laquelle je travaille, c'est le livre parce que c'est une passion, et pas parce que c'est juste un travail qui donne de quoi manger à la fin du mois ! Effectivement, la majorité des ouvrages vendus sont plutôt récents, mais une grande surface du livre a, comme une librairie traditionnelle, un fonds qu'elle garde et qui tourne tranquillement, après ça varie selon l'enseigne, sans aucun doute ! Les équipes peuvent effectivement changer assez vite, car pas mal de CDD sont pris, et les gens ont sans doute plus la bougeotte que dans une librairie indépendante (surtout quand on est le patron de ladite librairie, on ne risque pas d'en bouger, si tant est qu'elle tourne bien !). Mais mes collègues connaissent bien (voire très bien !) leurs fonds, ils font très bien leur travail, qui est le même que celui d'un libraire indépendant, à part que la surface est plus grande, et la façon de vendre légèrement différente...
Je voulais juste pointer du doigt les personnes qui s'imaginent que parce qu'on travaille avec "le diable" (car les "grandes surfaces du livre" sont forcément le diable, vu qu'ils ne pensent qu'à faire de l'argent avant toute chose), on est forcément un traître, ou qu'on n'y rien ou mal aux livres... c'est faux. Un de mes collègues suscite mon admiration parce qu'il connaît toute la librairie sur le bout des doigts (et vu le flux et la surface, je peux vous dire qu'il mérite le respect !) ! Oui, les façons de travailler sont clairement différentes, on fait partie d'une chaîne, et le challenge commercial n'est pas le même. Mais sur le fonds, au final, ça revient au même, quand je vois les débats endiablés de mes collègues sur tel et tel bouquin, que limite ils en sont à se disputer parce que l'un le trouve génial et pas l'autre... on ne ferait pas mieux dans une librairie traditionnelle.
Donc stop aux préjugés ! Il y a de mauvais libraires en librairie traditionnelle comme en grande surface du livre. Le lieu de travail ne fait pas la qualité culturelle et commerciale de vente d'un ouvrage. Je m'en suis très largement rendue compte depuis que j'ai commencé à travailler là où je suis. Après, j'ai peut-être de la chance d'avoir une super équipe, et qu'ailleurs ce n'est pas du tout comme ça, comment savoir ? J'ai eu l'occasion de côtoyer plusieurs librairies traditionnelles, et une seule "grande surface du livre" (celle où je travaille en ce moment), mon équipe actuelle bat à plates coutures celles que j'ai pu connaître tellement elle est soudée, travailleuse, rigolarde (ça n'empêche pas les frictions, mais ça n'est pas les ragots à tour de bras que j'ai pu connaître ailleurs...), elle maîtrise ses rayons et fait au mieux pour ses clients.
Enfin, et dernier coup de gueule pour cette longue introduction à la librairie telle que j'ai eu l'occasion de la côtoyer, ne pas oublier qu'au final, l'un dans l'autre, c'est la clientèle qui fait vivre l'enseigne, qu'elle soit indépendante ou issue d'une grosse boîte. Or, la clientèle, c'est un échantillon large de population. Il serait totalement faux et absurde de croire qu'on passe son temps à philosopher avec des clients sur la valeur de tel ou tel livre à longueur de journée. La réalité est toute autre... entre la mise en rayon, le conseil client (où la personne vous demande juste "où je peux trouver ça ?" et n'a pas besoin de vos conseils), les commandes clients à donner sans autre forme de procès, en réalité vous avez quelques clients par jour (quand vous avez de la chance) à conseiller véritablement en vous faisant plaisir. Les autres savent ce qu'ils veulent, et dans une grande partie des cas, ça ne fait pas partie de vos lectures personnelles. S'abstenir de juger (On peut sourire parfois, quand même, personnellement les femmes d'âge bien mûr permanentées et maquillées à outrance qui viennent me voir pour du Danielle Steel ça me fait toujours un peu sourire !), renseigner au mieux... il n'y a rien qui me fasse plus plaisir qu'un client satisfait. Et un client satisfait, c'est très souvent souriant, un brin blagueur... et ça revient !
Voili voilou, je voulais éclaircir certains points que les personnes extérieures au métier pourraient s'imaginer à tort, et encore je n'ai fait que toucher au sujet, et nombre de points sont encore obscurs à mes yeux (j'ai médité sur les zones chaudes et zones froides aujourd'hui... les intrigués me demanderont ce que c'est en commentaire !) ! Je n'ai pas la science infuse, ce n'est que mon modeste avis, mais j'aimerais que parfois, les gens arrêtent de mettre des étiquettes, et ne voient que l'essentiel : la passion du métier, peu importe où et dans quelles circonstances elle est pratiquée.
C'était le mot de la fin, la parole vous appartient !